Quand la première ligne devient politique
Pour la première fois de son histoire, puisque le contexte l’exige, le Québec se dote d’une politique dédiée aux soins de première ligne.
Le document, intitulé Innover pour mieux répondre aux besoins des personnes et des communautés, s’inscrit dans un horizon de 10 à 15 ans et sera décliné en plans d’action successifs de 5 ans.
Dans cet énoncé de vision, le plan d’action qui y sera associé sera présenté par le prochain gouvernement. Basé sur le concept du quintuple objectif, cinq dimensions sont utilisées pour structurer la politique : la santé et le bien-être de la population, l’expérience des services, l’équité, l’expérience au travail du personnel et la viabilité du service public.
La politique
Le retour du CLSC comme unité de gouvernance
L’une des ruptures les plus structurantes de la politique est la réaffirmation du territoire de CLSC comme unité opérationnelle de référence. Après des années de centralisation régionale et nationale, avec les CSSS, les CISSS/CIUSSS et Santé Québec, le gouvernement désire opérer un mouvement plus local : ramener les décisions au niveau des communautés, à une échelle humaine.
La gouvernance territoriale du CLSC devient ainsi le point d’ancrage commun pour l’ensemble des acteurs du système, qu’il s’agisse des établissements publics, des cliniques sous entente, des fournisseurs technologiques ou des partenaires communautaires. Concrètement, les CLSC hériteront d’une autonomie décisionnelle qui se traduit par un pouvoir de répartition des ressources humaines et financières à l’échelle de leur territoire. Cette gouvernance de proximité sera soutenue par un financement dédié, tenant compte des besoins de la population de chacun des territoires.
La politique prévoit que ce financement donnera au CLSC les leviers nécessaires pour formaliser ses relations avec les milieux d’affiliation et les partenaires locaux, et pour assumer pleinement ses responsabilités de planification, de coordination et d’évaluation auprès de sa population. Il est toutefois trop tôt pour s’avancer sur l’opérationnalisation, celle-ci devant être précisée dans les plans d’action gouvernementaux à venir.
L’affiliation universelle comme obligation de résultat
La politique est sans ambiguïté sur ce point. L’accès aux soins ne peut plus être conditionné au statut d’inscription. La couverture de 100 % de la population est formulée comme une obligation de résultat, à laquelle le gouvernement entend répondre par le déploiement d’un nouveau modèle d’affiliation à un milieu de soins et de services de proximité pour l’ensemble de la population. Cela implique, pour les milieux d’affiliation, de documenter activement les mécanismes de repérage des besoins non exprimés, notamment auprès des populations vulnérables.
L’interprofessionnalisme comme architecture de système
La politique donne une place centrale aux équipes interdisciplinaires et à l’élargissement des champs d’exercice. L’infirmière praticienne spécialisée en soins de première ligne occupe un rôle pivot dans le modèle proposé grâce au pouvoir d’inscrire directement des patients et la politique l’officialise. C’est une réalité institutionnelle qui modifie les dynamiques de collaboration dans tous les milieux d’affiliation.
Le numérique comme condition de conformité
L’axe 4 de la politique est explicite : l’interopérabilité n’est plus une aspiration, elle est une condition d’admissibilité pour tout nouveau développement technologique déployé dans le réseau. Le Plan directeur sur l’intelligence artificielle 2024-2027 et la Loi sur les renseignements de santé constituent le cadre réglementaire de référence. La politique soulève également la fracture numérique comme un risque d’équité réel : tout déploiement technologique devra démontrer qu’il ne creuse pas les inégalités d’accès.
Une fenêtre stratégique ouverte
Le premier plan d’action gouvernemental n’est pas encore annoncé. C’est précisément l’intervalle entre la publication de la politique et son adoption qui représente le moment le plus fertile pour contribuer à la rédaction des mesures concrètes. Les organisations qui souhaitent positionner leurs solutions ou leurs argumentaires auprès du MSSS et de Santé Québec disposent d’une ouverture réelle, dans un contexte où les orientations de fond bénéficient d’un consensus scientifique solide, même si le calendrier législatif reste tributaire du contexte électoral de 2026.
C’est pourquoi une vigie constante sera assurée par notre équipe afin de vous accompagner dans toute démarche permettant d’influencer la mise en œuvre de cette politique des soins de première ligne.
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